Côté santé

Pasquale Gallo

Au service de la performance

Depuis 2014, Pasquale Gallo, ancien athlète de haut-niveau, mène une recherche visant notamment à déterminer le pic de performance des athlètes en athlétisme. Ce qui fait toute la singularité de son projet c’est la corrélation entre ce pic de performance et le type de handicap de l’athlète au sein de sa catégorie. Explications.

En 2014, l’IRMES, laboratoire de l’INSEP qui étudie l’épidémiologie du sport, a fait une proposition à la Fédération Handisport afin de travailler des données sur la performance. « C’est à cette époque que j’ai commencé ma thèse et que je me suis emparé du sujet. » explique Pasquale.

« Pour lancer cette recherche, l’IRMES a gagné un appel à projet. Grâce au financement, je bénéficie de l’aide d’un autre chercheur de l’IRMES, Andy Marc, qui me supplée dans toutes les taches difficiles pour moi telles que le déchiffrage des tableaux, la retranscription pour mes publications. Nous travaillons sur toutes les données de performances en athlétisme depuis 2003, date à laquelle les classifications se sont stabilisées. Au départ, nous souhaitions simplement voir comment les performances évoluaient. Pour cela, il a fallu récolter beaucoup de données. Cela nous a confirmé, de manière scientifique, ce que de nombreuses personnes avaient déjà constaté de manière empirique. Trois ans plus tard, cette base de données permet de tirer des grandes tendances qui pourraient être utiles pour les personnes du terrain car nous allons au delà du ressenti, c’est scientifique. »

Se différencier des valides

« Une des premières données importantes que nous avons constaté c’est la relation entre la performance et l’âge. Celui-ci se décale, entre un athlète valide, avec un handicap debout ou en fauteuil. Par exemple, pour un handicap debout, le pic de performance est de 26 ans sur le 100 m. Pour un athlète en fauteuil ce pic se décale autour de 28,6 ans. Sur le marathon, le pic est à 32,4 ans quand l’athlète est debout et à 34,9 quand il est en fauteuil. Chez les valides en revanche, le pic est toujours situé plus tôt. Cela fait réfléchir quant à la tranche d’âge la plus pertinente sur laquelle faire de la détection ! On note par ailleurs une évolution des catégories de handicap. Chez les déficients visuels, on constate peu à peu une disparition des malvoyants congénitaux, au profit des handicaps acquis. Plus les performances augmentent, plus la sélection naturelle se met en place, comme chez les valides. Le moins handicapé dans sa catégorie aura la dominance, c’est logique. Un autre exemple, chez les fauteuils catégorie T54, on observe de plus en plus de sportifs avec des pathologies assimilées paraplégiques, au détriment des paraplégiques vrais. »

Faire varier les pensées et les idées

« Nous avons tout analysé depuis 2003 : ceux qui gagnent aux Jeux Paralympiques sont-ils jeunes ? Ont-ils un handicap inné ou acquis ? Prenez l’exemple de Pierre Fairbank, médaillé d’argent et de bronze à Rio, à l’âge de 45 ans ! En revanche, l’impact du passé sportif de l’athlète nouvellement handicapé est également déterminant dans les suites de la performance, Marie-Amélie Le Fur en est un exemple ! »

Parcours de performance

« À partir de l’année prochaine, nous aimerions mettre des protocoles en place, afin de rapprocher le suivi médical effectué par la commission médicale avec un suivi de recherche pour quelques athlètes. L’optimisation de la performance reste un élément majeur qui nécessite que tout le monde travaille ensemble : techniciens, fédérations et chercheurs, afin qu’Handisport compose un parcours de performance qui permettent à ses athlètes d’aller au plus haut-niveau, le plus longtemps possible. » 

// M. Mainguy

Pasquale Gallo

  • Ancien athlète de haut niveau en athlétisme (T12)
  • Kinésithérapeute en cabinet et auprès des Equipes de France de la FFH
  • Titulaire d’un master VHMA (Vieillissement, Handicap, Mouvement et Adaptation)
  • Professeur responsable pédagogique dans une école de kinés pour malvoyants (IFMKVH)
  • Chercheur à l’INSEP