Handicap et sport, réseau gagnant

Développer son réseau, tisser sa toile, prendre contact, dans le monde professionnel comme pour tout projet qui se veut fédérateur, le concept de réseau est fondamental. Dans le monde du handicap, où la coopération n’est pas toujours de mise, la FFH a pris le parti de fédérer en construisant une politique de coopération active avec les associations et organismes gestionnaires d’établissements spécialisés et de services pour les personnes en situation de handicap. État des lieux. Dossier réalisé par C. Février et M. Mainguy

Conscients de l’importance d’une pratique physique régulière sur la santé, de bien-être et de lien social pour la personne en situation de handicap, le réseau handicap et la FFH ont décidé de se mobiliser, ensemble. Comment ? De la façon la plus concrète qui soit, en formalisant leur partenariat par convention. L’objectif ? Mettre en synergie les moyens et compétences des acteurs de leurs réseaux respectifs pour le bénéfice unique des adhérents et usagers en situation de handicap : formation, matériel, lieux de pratique… Chaque occasion est bonne pour servir la pratique sportive de la personne en situation de handicap.

Au-delà du développement des liens entre les structures de ces réseaux et les clubs handisport, l’objectif de ces conventions est clair : favoriser l’accès à la découverte des activités physiques et sportives de leurs adhérents et usagers. Cependant, la démarche ne s’arrête pas ici, car pratiquer certes, mais l’intérêt réside dans la durée. Aussi, la pratique doit tendre dans une démarche inclusive qui intègre les clubs, pour permettre une pratique régulière, dans la proximité et le long terme. Si l’initiative s’opère au niveau fédéral, les orientations découlent d’une politique nationale de santé publique, dont les recommandations émanent de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, puis sont déclinées au niveau local par les Agences Régionales de Santé (ARS). Les recommandations de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé abondent également en ce sens. En 2013 déjà, l’Institut soulignait que la pratique régulière des activités physiques et sportives réduisait la situation de handicap. Politique et recommandations nationales certes, mais quels bénéfices le réseau local, tels que les comités et clubs handisport peuvent-ils en retirer ? Comment tirer parti de tels partenariats ?

Des intérêts multiples pour les clubs et comités handisport

Les propositions développées à travers la convention nationale ont vocation à être adaptées au contexte local. Les besoins ne seront pas les mêmes entre l’adhérent de l’association départementale et/ou l’usager des établissements et services. Mais une chose est sûre, un partenariat gagnant-gagnant peut fonctionner dans les deux sens. Les thèmes de collaborations peuvent être variés : information des adhérents et usagers, accompagnement des demandes individuelles, interventions sportives, prêt de matériel sportif adapté, co-organisation de journées événementielles, formations sportives des professionnels et bénévoles, séjours de vacances… Michel Pirotte, du comité départemental handisport des Pyrénées Atlantique confirme : « Depuis six ou sept ans, le comité départemental travaille avec la MAS et l’IEM d’Herauritz. Nous avons signé une convention avec l’UGECAM en 2005, en reprenant la convention nationale, que nous renouvelons tous les deux ans. Nous avons bénéficié de financements via l’ARS. Tous les jeudis de 10h à 12h, nous nous rendons directement dans le centre, nous travaillons en partenariat avec les éducateurs et le service de soins sur de la boccia, de la sarbacane, du parcours moteur et des jeux de ballon. Il y a huit à dix participants par semaine qui tournent sur les activités. Ils participent également à des journées inter-centres pendant lesquelles on regroupe tous les établissements médico sociaux des Landes et des Hautes-Pyrénées. À terme, le but est que ces pratiquants soient licenciés Handisport. Nous organisons également des journées et des challenges tout au long de l’année, tels que le challenge sarbacane. »

Des intérêts multiples pour les adhérents des délégations départementales et usagers des établissements

Forts de leurs expertises respectives, entre sport et handicap, la FFH, les délégations départementales et les établissements des partenaires coopèrent et mutualisent leurs ressources dans le but de promouvoir les bénéfices de l’activité physique sur la santé des personnes en perte d’autonomie, temporaire ou définitive. Pour parvenir à ceci, comme toujours, la clé réside dans le lien qui peut être créé entre les deux structures. Pour les adhérents et usagers du réseau de l’APF, PEP, FHP ou UGECAM, il faut informer des offres Handisport par des rencontres collectives (présentation des activités Handisport, des clubs, des publics auxquels ils s’adressent) ou individuelles pendant lesquelles des conseils et orientations personnalisés pourront être dispensés. De nombreux comités handisport ont déjà développé des activités sportives au sein de la délégation : interventions autour d’une ou plusieurs activités Handisport, organisation ou co-organisation de journées événementielles de découverte, d’initiation voire d’entraînement aux activités physiques et sportives adaptées. Michel Pirotte confirme : « Nous travaillons avec l’APF de Pau depuis 2016. Nous avons mis en place de janvier à juin, des “samedis loisirs” pour les familles et amis des personnes handicapées. Le tarif dépend des activités, nous avons demandé 40 € pour une journée ski, sinon c’est souvent 5 ou 10 € pour un baptême de plongée en bassin, cyclisme autour d’un lac… Nous utilisons les licences PassSport pour ces journées. L’APF n’a pas d’établissement dans le Béarn, nous avons donc travaillé sur un programme qui pourrait intéresser ses adhérents un samedi par mois, sur des activités en général inaccessibles pour eux : journée montagne, voile. Nous les réalisons avec les clubs labellisés FFH d’Urt et handi-valide. Nous pouvons accueillir jusqu’à 25 personnes selon l’activité. Par ailleurs, nous nous sommes rapprochés des PEP, nous nous servons de leurs structures pour ces sorties week-ends en famille. C’est donnant-donnant » 

Une multitude d’actions possibles

La FFH et le partenaire coopèrent et s’apportent un soutien technique dans la mise en oeuvre de programmes d’activités physiques et sportives. Leur objectif est d’intégrer et de rendre possible la pratique d’une activité physique dans le projet de soin et dans les temps de loisirs. Par ailleurs, ils s’engagent à mettre tout en oeuvre pour organiser les conditions d’une pratique pérenne pour les personnes en situation de handicap. Ils peuvent proposer des interventions sportives telles que l’organisation de séances découverte, d’initiation ou de perfectionnement. Ils peuvent bénéficier des installations sportives de la structure partenaire pour l’entrainement d’un club handisport. Ils peuvent mutualiser les compétences et les moyens par de l’échange de formations, en proposant des formations handisport aux personnels des réseaux partenaires (éducateurs, psychomotriciens, ergothérapeutes, kinésithérapeutes…), des temps de réflexion commune sur la mise en place de dispositifs d’accompagnement des usagers vers les structures Handisport….

Ils peuvent également accompagner les demandes sportives des usagers vers les associations handisport locales, et/ou créer leur propre association handisport interne à l’établissement. Tout est possible, tout est imaginable, les exemples positifs se multiplient partout dans l’hexagone, la dynamique est en marche !

« Quels bénéfices le réseau local, tels que les comités et clubs handisport peuvent-ils en retirer ? »

L’encadré Appel à initiatives

La FFH a ouvert sa campagne 2017 en partenariat avec chacun des membres du réseau partenaire handicap. Elle invite tous les comités et clubs, à rejoindre la liste des porteurs de projets qui accompagnent chaque année depuis 2010, des actions partenariales avec ce réseau. En 2016, plus de 300 journées ou événements ont vu participer plus de 700 personnes en situation de handicap. En 2017, ce chiffre peut encore augmenter, de nouvelles initiatives peuvent voir le jour. Des documents tels que les conventions de partenariat et le guide d’accompagnement des actions de collaboration sont à télécharger sur le site fédéral, rubrique « Réseau », puis « Associations gestionnaires d’établissements » pour l’Ugecam, la FHP et les PEP puis rubrique « Association nationale de handicap » pour la FAF et l’APF.
Téléchargez la fiche de l’appel à initiative sur www.handisport.org rubrique Réseau

Zoom Le réseau en bref

Trois grandes associations gestionnaires d’établissements médico-sociaux et deux grandes associations nationales de handicap ont signé avec la Fédération Française Handisport une convention pour favoriser l’accès à la découverte des activités physiques et sportives de leurs adhérents et usagers, dans une démarche inclusive
vers une pratique de club.

Groupe UGECAM : chargé de la gestion de 225 établissements sanitaires et médico-sociaux de l’Assurance Maladie.
www.groupe-ugecam.fr

Fédération de l’hospitalisation privée : chargée de la gestion de 1 050 établissements, représente les cliniques et hôpitaux privés de France. www.fhp.fr

La fédération des PEP : regroupe 122 associations dont 23 unions régionales, 92 associations départementales, trois associations territoriales. Dans le domaine social et médico-social, elle exerce son action au moyen d’un réseau national de plus de 700 établissements et services sociaux et médico-sociaux. www.lespep.org

APF (Association des paralysés de France) : mouvement associatif national de défense et de représentation des personnes atteintes de déficiences motrices ou polyhandicapées. 23 500 adhérents autour de 97 délégations et 30 000 usagers dans 441 établissements et services médico-sociaux. www.apf.asso.fr

FAF (Fédération des aveugles de France) : oeuvre depuis près de 100 ans, pour l’amélioration des conditions de vie des personnes handicapées visuelles. Elle fédère plus de 40 associations membres actifs et sympathisantes au service de plus de 10 000 adhérents et usager. www.aveuglesdefrance.org

Vos contacts FFH pour le suivi réseau

UGECAM / FHP / PEP / APF : Christian Février, Tél. 06 60 67 86 57, c.fevrier@handisport.org Marion Pineau, Tél. 01 40 31 45 13, m.pineau@handisport.org
FAF : Charly Simo, Tél. 06 14 44 47 51, c.simo@handisport.org

 

Entretien avec Claire Lauby

Claire Lauby, coordinatrice ETR de l’ancien Comité régional handisport Limousin, devenu aujourd’hui Nouvelle-Aquitaine.

« Quand nous sommes arrivées avec ma collègue, en 2006, nous avions pour mission de développer le nombre de pratiquants jeunes. Notre idée était de travailler avec deux IEM (Institut d’éducation médico-scolaire APF Gervais Delafond à Couzeix et l’Institut d’éducation motrice APF à Grossereix), qui n’avaient aucun projet en lien avec le sport. De 2006 à 2008, nous avons proposé toutes les semaines, des activités physiques telles que la boccia et de la sarbacane… Nous avons rapidement été victimes de notre succès, cela plaisait tellement que l’on devait refuser des enfants. Nous devions trouver des solutions pour en accueillir plus, la meilleure option était de les faire sortir.

Nous avons alors créé l’école du sport SESSD (Service de soin et de santé à domicile). Nous avons trouvé un gymnase accessible pour accueillir plus d’une trentaine de jeunes. Cette école du sport tourne autour de deux disciplines : le tennis de table pour les personnes en fauteuil manuel et les personnes debout et la boccia pour les autres.
Par la suite, nous avons ajouté l’athlétisme, la sarbacane... Puis, progressivement nous avons fait des entrainements les samedis, nous proposons aussi une séance découverte par mois : équitation, escalade…

En parallèle, nous avons oeuvré pour le développement des activités pour adultes. Au début, comme pour les enfants, nous pratiquions dans les centres pour adultes, mais les conditions n’étaient pas optimales dans l’espace restauration. Nous avons alors contacté des clubs de Limoges, en leur demandant de créer de nouveaux créneaux en natation, tennis de table, boccia, sarbacane et athlétisme. Nous avons choisi d’inviter également les adultes sur les stages jeunes qui ont désormais lieu lors des vacances scolaires. Désormais, ils se mélangent tous sur la même activité, il y a même une sorte de tutorat qui s’est créé.

Nous avons également mis en place un partenariat avec la FHP en 2007 afin de développer l’activité physique pour les personnes en rééducation et réadaptation. Nous sommes parvenus à mettre en place une séance intra-muros, nous allions chercher les patients qui figuraient sur une liste transmise par les kinés. Nous avons mis en place des fiches de liaison pour nous permettre de programmer une activité physique de la façon la plus adaptée. Une fois la séance terminée, nous écrivions sur l’état du patient: les fatigues, les réussites, les déprimes…

Nous organisions la séance dans une petite salle de spectacle et sur le plateau technique quand il était inutilisé. Nous avons fait de la sarbacane, du parcours fauteuil dans les couloirs, du tir laser, de la relaxation, du rugby fauteuil et du handbike à l’extérieur.

Progressivement, comme chez les jeunes, nous avons été victimes de notre succès. Nous devions mettre en place une deuxième séance, à l’extérieur. Mais nous avons dû faire face à un conflit de responsabilités, car les patients en phase d’hospitalisation ne sont plus couverts par les assurances dès qu’ils sortent de l’hôpital. Cela a pris beaucoup de temps mais nous avons trouvé une solution, avec les PassSports Handisport ils étaient assurés ! Une nouvelle convention permettant aux patients de sortir a été signée en 2012 par la DRJS, le centre hospitalier (CHU), le service de médecine physique et réadaptation et le CR Limousin.

Nous les emmenons, avec le véhicule handisport, trois personnes maximum pour deux heures de pratique : marche nordique, golf, badminton, vélo en bord de Vienne, boxe… Par ailleurs, nous avons été sollicités par l’Hôpital de la Mère et de l’Enfant. Nous ne prenons pas plus de trois jeunes par séance. En oncologie, nous faisons des séances en chambre stérile avec des ballons de baudruche, mais aussi de la boxe, du tir laser, de l’escrime, des arts du cirque…

Nous nous sommes progressivement rendus indispensables. Le fait de faire du sport rend les gens mieux dans leur peau et en meilleure santé. Nous comptions 214 adhérents en 2006, aujourd’hui, nous sommes à un total de 314 licences (hors Pass’Sport), dont 48 licenciés de moins de 18 ans. »