ORTHOFIGA
POUR UN NOUVEL ELAN
Début septembre, pour la 5e édition de la « Breizh Runners », près de 45 personnes récemment amputées ont bénéficié des conseils des orthoprothésistes d’Orthofiga, initiateur et organisateur de la journée, en présence de cadres sportifs régionaux de la FFH, afin de redécouvrir les sensations de la course à pied dans une ambiance « à la bretonne », donc conviviale…

Depuis quatre ans, le premier vendredi de septembre chez Orthofiga c’est la fête. Entendez par là que l’on tourne à moindre régime dans les bureaux pour tourner à plein régime sur le terrain sportif. Ainsi le vendredi 4 septembre, à Vern-sur-Seiche près de Rennes, au stade du Bourel, de nombreux salariés de l’entreprise dirigée par Dominique Fillonneau, co-fondateur de l’entreprise il y a 26 ans maintenant avec Jean Gastard, ont appareillé des personnes amputées, avec des lames de marque Ossur, afin qu’elles puissent courir, sauter et se réapproprier le plaisir de la course et une certaine liberté de mouvement. Dominique Fillonneau : « Le sport pour tous est une idée majeure pour nous. Il s’agit de montrer à nos patients qu’ils peuvent aller audelà de leur handicap. Cette journée de la Breizh Runners est un rendez-vous incontournable pour notre activité et entre dans notre conception d’avoir un rôle social majeur à remplir, en plus de notre activité professionnelle ».
CONSTRUIRE UNE RELATION DURABLE AVEC LES PROFESSIONNELS DE SANTÉ
Les barnums installés près du stade accueillent les techniciens chargés d’appareiller les patients, inscrits à l’avance, qui arrivent quand bon leur semble tout au long d’une journée qui démarre vers dix heures autour d’un café. Loïc Brugalais, prothésiste qui a lancé l’initiative il y a quatre ans : « C’est toujours un plaisir de participer à cette journée et de voir des patients, que l’on a vu grandir pour certains d’entre eux, s’initier à la course à pied dans une belle ambiance ». Jeune ou plus âgé, tout le monde a droit à sa lame personnelle qui répond à des critères bien précis, en fonction de la taille du moignon notamment, et qui est installée avec un soin tout particulier par l’orthoprothésiste qui connaît bien son patient. « Les patients qui mettent une lame pour la première fois passent par les mains d’un kiné pour les premiers contacts avec le moignon », précise Dominique Fillonneau. « On est professionnel, on est en confiance et tout se passe dans un bon esprit ». Christian Février, DTN adjoint FFH, chargé du développement et de l’innovation : « ce type d’événements se déroule forcément dans un contexte amical. Avec Orthofiga, nous partageons les mêmes valeurs avec l’idée majeure que les activités physiques doivent créer du lien social en plus d’avoir des bienfaits sur la santé. C’est important de construire une relation avec Orthofiga, comme avec d’autres types de professionnels de la santé, qui va au-delà du simple échange sur l’appareillage. Nous apportons une expertise sur un événement extérieur à la fédération, une légitimité, les compétences sont partagées et les patients en profitent directement ».
MOINS DE PEURS, MOINS DE BARRIÈRES
Le comité régional Handisport de Bretagne, sous l’oeil avisé de son président Denis Lemeunier, apporte également sa contribution à cette initiative privée mais qui touche un grand public. Ce n’est pas très compliqué à mettre en place pour nous », précise-t-il, « on fait venir des sportifs qui partagent leur expérience avec des personnes récemment amputées qui sont forcément un peu dans l’inconnu. Peu d’entre-elles s’orienteront vers le sport de compétition mais au moins elles sauront que le sport-loisir est plus facile d’accès qu’elles ne le pensent ». Après la pause de midi, les activités reprennent sur le stade jusqu’à 15h environ où tout se termine par une course finale avec l’ensemble des participants, handicapés ou valides, histoire de montrer que« ce que l’on fait, ce n’est pas qu’un métier, ça va bien au-delà »s’enthousiasme Dominique Fillonneau,« les 85 salariés qui travaillent sur tous nos sites de Bretagne et du Grand Ouest sont impliqués dans ce projet depuis le mois de mai. Nous ne produisons pas que de l’appareillage, nous avons également un rôle d’accompagnement ».Orthofiga organise également d’autres événements en rapport avec le surf, l’escalade ou le cyclisme tout au long de l’année. « Tout ce qui permet de ne pas rester isolé est bon à prendre,souligne Christian Février,ces événements doivent pouvoir se pérenniser et si nous pouvons y contribuer tant mieux ».À la fin de la journée, on se donne rendez-vous l’année prochaine à l’image de Marie-Charlotte, maman de Paul, 12 ans amputé du pied gauche et champion de Bretagne en tir à l’arc chez les valides, qui a essayé une lame pour la première fois :« Je retiens beaucoup d’émotions de cette journée à laquelle je participais pour la première fois avec Paul. Beaucoup d’échanges et de partage, il faut vraiment assister à cet événement pour se rendre compte de tout ce qu’il peut apporter ». Et le fiston d’ajouter : « C’était vraiment extra ! Je cours avec ma prothèse au collège mais là on se sent plus léger avec cette lame et je n’ai pas eu de problèmes pour m’y habituer. J’attends avec impatience maintenant la Breizh Surfer de l’année prochaine ».On laissera Dominique Fillonneau le mot de la fin :« On fait un métier génial ! »// R. Goude
QUESTION / RÉPONSE
Courir avec une lame, quels bienfaits ?

Par Denis Charreyre cadre technique FFH athlétisme
Grace à une prothèse de course, il est permis de (re)construire des possibilités que l’on pensait perdues ou simplement de retrouver le plaisir de cet effort physique dans une période où la personne peut-être en recherche d’une vie nouvelle.
L’appareillage d’une lame de course pour les personnes amputées des membres inférieurs, qui peuvent le supporter, est une découverte de nouveaux champs d’action, difficilement accessibles avec un pied prothétique, fût-il en carbone et déjà à restitution d’énergie. La lame de course offre en effet un temps d’appui similaire à l’appui sain. Très rapidement, après les premiers essais et passée la peur d’un matériel nouveau, la prothèse offre un grand temps d’amortissement qui laisse le bassin «passer devant» et permet un renvoi permettant une même longueur de foulée que la jambe valide. Attention cependant car tout dépend du nombre et du niveau d’amputation de chacun ! En effet, la personne avec une amputation fémorale « simple » aura besoin d’un temps d’adaptation plus important car, il lui faudra apprendre à contrôler un genou mécanique, dont le temps de retour sera spécifique à son poids et sa manière de courir. Quant aux personnes avec une double amputation, les difficultés sont multipliées, mais certains athlètes de haut-niveau ont désormais largement prouvé ce qu’il est possible de faire. L’objectif avec une lame de course est bien de permettre de retrouver le plaisir de la course à pied, qui apparaît là comme une pierre supplémentaire au bien vivre de ceux qui souhaitent s’engager dans cette pratique. Par ailleurs, le fait de mobiliser de nouveau le membre apporte des bienfaits articulaires et musculaires non négligeables, ce n’est pas rien !
Les opportunités d’activités physiques avec ce type d’appareillage ouvrent un panel de pratiques bien plus larges que les seules disciplines officielles, dans des perspectives d’environnement plus diversifiées, comme le cadre familial et associatif. // M. Mainguy
