Laura Flessel Ministre des sports

Le 17 mai dernier, celle que l’on surnommait « La guêpe » est nommée ministre des Sports du gouvernement d’Edouard Philippe. La double médaillée olympique et sextuple championne du monde a largement prouvé qu’elle n’avait pas peur des défis et de la pression. C’est donc au plus haut sommet de l’État qu’elle oeuvre désormais, avec Paris 2024 en ligne de mire, et pour le développement du sport, pour tous !

Être une ancienne athlète de haut niveau et championne olympique apporte-t-il un avantage lorsque l’on est ministre des Sports ?
Mon parcours sportif me donne une certaine légitimité. Le mouvement sportif me reconnaît comme l’une des siennes. Je sais ce qu’est la performance, la fierté de porter le drapeau, la crainte du lendemain, les difficultés de la reconversion. Tout cela, je l’ai vécu. Et ces années m’ont aussi permis de tisser un solide réseau, des amitiés fidèles. Donc oui, au final, ce n’est pas un passage obligé, il y a eu de grands ministres des Sports qui n’étaient pas des sportifs, mais je dirais que c’est un avantage.

Vous avez toujours été proche du milieu handisport lorsque vous étiez athlète. Cette connaissance vous est-elle utile pour appréhender le dossier « Sport et handicap » en tant que ministre ? 
Bien sûr. Là encore, le fait d’avoir vécu les choses, d’avoir côtoyé les athlètes handi de près, de m’être moi-même entraînée en fauteuil, me donne une certaine sensibilité. Attention, je ne prétends pas savoir ce qu’est le handicap parce que j’ai fait de l’escrime-fauteuil. Mais tout de même, j’ai été pendant quinze ans ambassadrice active pour le sport handi puis adapté, j’ai créé un club qui accueille des personnes handicapées… Disons que j’ai une attention particulière à ce sujet et d’ailleurs, j’en ai fait un axe majeur de ma feuille de route.

En 2016, treize fédérations se sont vues attribuer la délégation pour le public handicapé. Dans ce contexte, comment se présente selon-vous l’avenir de la FFH ?
Un mouvement d’intégration des personnes handicapées partout dans la société est à l’oeuvre, et il faut s’en réjouir, même si on peut regretter qu’il ne soit pas plus massif et plus rapide. Par conséquent, le milieu spécialisé et le milieu ordinaire ont vocation à travailler de manière toujours plus étroite, dans le sport comme dans le reste de la société. Il faut concilier et articuler les deux univers, dans la clarté et le respect de chacun.

Selon quelles modalités ?
Je souhaite en discuter de manière constructive avec les acteurs concernés. Cette réflexion s’inscrit d’ailleurs dans une réflexion plus vaste sur la gouvernance du sport français. Le mouvement paralympique y est pleinement associé. Le défi est de tenir compte de la singularité des personnes tout en proposant des cadres inclusifs, communs.

Comment envisagez-vous la sécurisation de la pratique pour les personnes handicapées qui pratiquent en milieu valide ? 
Précisément par l’intervention systématique des spécialistes du handicap. Nous devons créer au niveau local des unités départementales du handicap, capables d’intervenir auprès des clubs, pour que les personnes handicapées puissent pratiquer avec d’autres, mais toujours avec l’assurance d’avoir la considération nécessaire et l’accompagnement adéquat.

Quels sont vos dossiers prioritaires ?
J’ai défini un plan d’action autour de quatre axes : la France qui rayonne par ses résultats sportifs, son économie du sport, sa diplomatie ; La France éthique qui oeuvre contre le dopage, les paris illicites et la corruption ; La France qui bouge, avec l’objectif de chercher 3 millions de nouveaux pratiquants, notamment auprès du public handicapé ; La France en pleine forme, c’est-à-dire la France qui promeut la pratique sportive comme outil de prévention sanitaire. Pour réussir tout cela, nous devons repenser la gouvernance du sport, comme je l’ai déjà mentionné.

L’obtention des Jeux en 2024 a-t-elle chamboulé votre programme ?
Non, pas vraiment. Nous nous y sommes préparés, et nous avons gagné. J’ai construit ma feuille de route avec l’idée que nous serions victorieux. La défaite aurait été le plan B. Pour l’instant, tout se passe comme espéré. Accueillir les Jeux dépasse l’organisation de la compétition en 2024, c’est plus profondément réussir à insuffler une « culture du sport » dans la société française, et à utiliser le sport comme un accélérateur de fraternité.

Vous l’avez annoncé, votre niveau d’exigence est le même pour les équipes de France qu’elles soient olympiques ou paralympiques à l’orée de Tokyo 2020 et Paris 2024. Afin d’espérer pouvoir tenir ce rang, au même titre que les valides, sur quels moyens complémentaires les fédérations paralympiques pourront-elles compter ?
Nous consacrerons 1,5 million de plus pour le sport handi et adapté. L’INSEP et la MOP sont en train de se doter des compétences nécessaires pour accueillir les sportifs paralympiques dans le sanctuaire du haut niveau. Le CPSF s’est d’ailleurs installé sur le site, et d’autres ressources suivront. Claude Onesta à qui j’ai confié une mission sur la haute-performance a totalement intégré la dimension « para » dans ses réflexions et ses entretiens. Il faut une vision, et aussi des moyens, des ressources humaines, et une nouvelle organisation. Pour les fédérations olympiques comme paralympiques, nous sommes à pied d’oeuvre !

À trois mois des Jeux Paralympiques d’hiver de Pyeongchang 2018, quel message souhaitez-vous adresser à l’équipe de France Paralympique ? 
Je leur dis d’être fiers de représenter la France comme la France est fière de les avoir comme ambassadeurs. Qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, pour le sport et pour leur pays. // Propos recueillis par M. Mainguy

Plus d’infos sur : www.sports.gouv.fr

 

Bio & repères

Laura Flessel

Pointe-à-Pitre, Guadeloupe. Titulaire du grade de Commandeur dans l’Ordre National du Mérite depuis 2004.

Jeux Olympiques

  • 1996 : Médaille d’or en épée individuelle et par équipe à Atlanta
  • 2000 : Médaille de bronze en épée individuelle à Sydney
  • 2004 : Médaille d’argent en épée individuelle et de bronze en épée par équipe à Athènes

Championnats du monde

  • 2008 : Médaille d’or en épée par équipe
  • 2007 : Médaille d’or en épée par équipe
  • 2005 : Médaille d’or en épée par équipe
  • 1999 : Médaille d’or en épée individuelle
  • 1998 : Médaille d’or en épée individuelle et par équipe

Carrière politique

  • 2017 : Ministre des Sports dans le gouvernement d’Édouard Philippe, sous la présidence d’Emmanuel Macron
  • 2013 : Membre du Conseil national du sport
  • 2010 : Membre du Conseil économique, social et environnemental.