Entretien avec Jean-Marie Frichet

Jean-Marie Frichet, chef de mission de la délégation paralympique française pour les Jeux d’hiver 2018 à PyeongChang (9-18 mars), a été guide de skieurs déficients visuels de 1982 à 2000. Avec Stéphane Sasse et Pascale Casanova, il a décroché, en équipe de France, cinq titres paralympiques en ski alpin.
Quels sont les qualités indispensables pour guider ?
Le plus important est d’avoir la volonté et l’envie. Je préfère avoir un guide de niveau moyen mais très motivé plutôt qu’un très bon skieur, pas motivé par ce qu’il fait. J’ai souvent connu des échecs avec des guides trop forts. À un moment donné, ils se lassaient. La motivation du guide est la clé de toute réussite.
Le statut de guide a-t-il changé ?
Le statut a évolué. Il y a une trentaine d’années, on guidait sur nos congés. On prenait même des congés sans solde. Aujourd’hui, les guides peuvent bénéficier d’un statut de haut-niveau et obtenir des disponibilités. Quand j’ai commencé, seul le skieur avait la médaille en compétition. C’est grâce à André Auberger et à la FFH, en 1992, que les guides ont été officiellement reconnus et qu’ils reçoivent eux aussi la médaille.
Quelles différences observez-vous entre le guide alpin et le guide nordique ?
J’ai connu les deux. En ski nordique, il y a moins de fatigue nerveuse, selon les passages. En alpin, on est sur de la vitesse, avec pas mal de dangers, encore plus en loisir qu’en compétition. En compétition, on tourne autour des piquets. Sur les pistes loisirs, les gens ne se maîtrisent pas toujours. Ils peuvent passer entre le guide et le non-voyant. Cela provoque un danger supplémentaire. Un guide doit regarder la montagne, décrire à son partenaire où il est, ce qu’il fait, le virage à venir, tout en surveillant ce qui se passe autour. Cela requiert donc énormément de concentration, surtout au début. D’où une très très grande fatigue nerveuse.
La notion de confiance indispensable à de bonnes performances se développe-t-elle à travers des moments extra-sportifs ?
Quand on arrive en stage ou en compétition, on découvre les lieux, les ascenseurs, les chambres et les endroits dangereux. Mais il faut aussi que le non-voyant se détache du guide. En équipe, justement, il doit rejoindre d’autres athlètes et vivre la vie d’équipe. Sur les pistes, on ne se lâche pas, mais ils doivent être habitués à skier avec d’autres guides. Si l’habituel se blesse, il peut continuer sa pratique. Cela permet aussi au guide de s’entraîner en solo pour progresser et/ou garder son niveau.
Pense-t-on au rôle social de la fonction quand on se lance dans cette voie ?
Non, je n’y ai jamais pensé. J’étais dans le plaisir de partager un sport, une passion avec quelqu’un alors que d’autres m’avaient dit que ce n’est pas réalisable. J’ai commencé avec le nordique par hasard. Puis des skieurs voulaient faire de l’alpin mais ça n’existait pas en France. J’en ai pris un, une demi-journée… et je me suis rendu compte que c’était plus simple qu’on l’imaginait. En compétition, nous avons aussi été les premiers au monde à faire du slalom spécial. Là encore, on disait que c’était impossible. J’ai tout le temps relevé des petits challenges. C’est ce qui nous rend le plus heureux. // J. Soyer

Thomas Dubois, sélectionné pour les Jeux Paralympiques de PyeongChang, lors du championnat de France 2017 aux Saisies
