Guides et accompagnateurs

Le nombre de valides évoluant autour d’une personne en situation de handicap pratiquant un sport peut être conséquent. C’est toute la singularité du mouvement handisport. Il existe des accompagnateurs de la vie quotidienne, des accompagnateurs vers la discipline et dans la pratique. Certains ont besoin d’avoir des compétences sportives, d’autres pas. « Tous sont indispensables pour amener un certain public vers les différentes activités proposées », pose Christian Février, nouveau directeur technique national de la Fédération Française Handisport. Dossier réalisé par Julien Soyer
« Alterné… Sors… » Bref, concis. Le gardien de but de Don Bosco Nantes indique à ses défenseurs comment contrer l’attaque des Girondins de Bordeaux lors de la première phase du championnat de France, disputée en Loire-Atlantique ce samedi 2 novembre. Gardiens de but, guides d’athlétisme et de ski, assistants de boccia… « Les valides participent au bon déroulement de nombreuses activités de la FFH. Dans la vie quotidienne, à l’entraînement, en compétition, comme en loisir », situe Christian Février, DTN de la FFH. « L’encadrement peut aller du un pour un à une proportion moins importante. » C’est dans l’ADN du mouvement. L’apport repose beaucoup sur la motivation « Le projet doit toujours rester celui du sportif », prévient Jérôme Dupré, directeur sportif (DS) du paracyclisme. Gautier Simounet, guide d’athlétisme depuis 2008 : « Il ne faut pas s’engager pour se forger un palmarès ou espérer gagner de l’argent … »
De la place pour tous
Guides et accompagnateurs existent depuis toujours. « Avant, ils étaient principalement de la famille », compare Dominique Pettelot, expert de la randonnée handisport. « Aujourd’hui, la part de bénévoles n’ayant aucun lien direct ou indirect avec le handicap est plus importante. La médiatisation a contribué à cette évolution. » Mais la meilleure publicité reste le dynamisme des comités territoriaux.
Les profils changent. Étudiants en Staps, retraités amateur de sports, personnels d’associations liés au handicap ou de structures spécialisées, sportifs valides en quête de nouvelles facettes de leur discipline et de nouvelles expériences… Il est donc important de former. « On peut s’en passer, mais l’expertise du mouvement handisport indique la réponse la plus précise par rapport à un handicap ou à une situation donnée », appuie Dominique Pettelot. Les formations ouvrent aussi des pistes à des bénévoles. « Un accompagnateur de randonnée ou de fauteuil tout terrain doit être autonome dans sa pratique », reprend-il. « Certains pourraient donc renoncer à proposer leurs services, faute d’aisance. Mais leur engagement peut revêtir des formes très diverses. Il y a de la place pour tout le monde. » Mais chacun doit bien rester à la sienne. « Il ne faut pas, par exemple, que la tierce personne du quotidien cumule avec la fonction d’entraîneur », préconise Franck Croullière, ancien DS du foot fauteuil électrique. «Sinon, certains choix sportifs ne seront plus objectifs. » De même, le guide et le pilote de tandem ne sont pas entraîneurs. Les compétences sportives ne sont pas une condition sine qua non. En cécifoot, par exemple, si les gardiens de but, souvent issus du futsal valide, doivent être bons, les donneurs de sens situés derrière la cage, eux, n’ont pas besoin d’être des spécialistes du ballon rond. « Ils doivent surtout avoir d’excellentes qualités humaines », précise Charly Simo, référent des sports pour déficients visuels à la FFH. « Écouter, cerner les besoins, se fondre dans le moule. Ce sont de vraies éponges. On saura leur inculquer les attentes en matière sportive. »

"Les valides participent au bon déroulement de nombreuses activités de la FFH.”

Confiance mutuelle
Les valeurs humaines, l’empathie et la communication conditionnent la réussite d’un duo sur un tandem, comme sur les pistes de ski ou d’athlétisme. Parfois plus que le niveau sportif. « Évidemment, celui-ci doit être en phase avec le projet du déficient visuel », prévient Gautier Simounet. « Mais le guide doit avoir créé une vraie complicité avec le sportif et bien connaître la fonction pour favoriser un épanouissement total. » La confiance doit être entière et mutuelle. « On le comprend facilement pour le déficient visuel puisque nous sommes ses yeux », poursuit-il. « Mais c’est vrai aussi pour le voyant qui va s’engager dans un projet. Le sportif doit bien être à l’entraînement, ne pas tricher. Les deux partenaires doivent se dire les choses — évoquer leurs vulnérabilités ou ne pas avoir peur de souligner celles de leur acolyte – pour avancer. Tout passe par l’humain. » Ce lien ne se développe pas uniquement pendant la pratique. « En stage ou en compétition, nous les aidons à vite se familiariser avec un lieu étranger », détaille Simon Valverde, le guide d’Anthony Chalençon, l’un des skieurs sélectionnés pour les Jeux Paralympiques d’hiver à PyeonChang (9-18 mars 2018). « Situer l’espace restauration, décrire les chambres, les sanitaires, indiquer les chemins pour rejoindre les points de rassemblements ou les sites de compétitions et d’entraînements. » Plus vite un sportif s’approprie son nouvel environnement, mieux il est dans sa tête et dans sa pratique. Ces moments permettent d’affiner le guidage, de mieux comprendre les attentes et les besoins du déficient visuel. Il faut partager les bons moments et les situations de crise afin d’être le plus fiable et efficace possible sur les skis, comme sur une piste d’athlé ou sur un tandem. Être tout le temps ensemble peut nuire. Le duo doit trouver le bon compromis. « En équipe de France, nous sommes guides de l’équipe. Il faut aussi que notre binôme puisse courir avec un autre guide afin de continuer, si son partenaire habituel est blessé. » Les groupes d’entraînement sont donc vite conséquents.
S’investir pleinement
En sports collectif, les donneurs de sens situés derrière le but, véritables relais et tampons entre les joueurs et le staff technique, sont souvent les piliers du “team building”, selon Charly Simo. Cette bulle de confiance dans laquelle chaque membre du collectif doit se retrouver. « Cet ensemble favorise les communications individuelles et collectives, permettent à un effectif d’apprendre et d’avancer ensemble. Cela doit inciter chacun à se sentir totalement impliqué. » L’investissement grandit souvent au fil du temps. Thomas Walgraef, assistant de Samir Vanderbacken, joueur de l’équipe de France de boccia, cumule cette fonction avec ses deux emplois à mi-temps. « Référent des assistants, j’insiste sur le fait que le sportif se réalise quand l’accompagnateur devient assistant, voire partenaire. » Si au départ, ils facilitent la pratique en allant chercher les balles, bougeant les rampes, les assistants peuvent, avec l’expérience, réfléchir à la stratégie et aux séances d’entraînement… Les accompagnateurs et les guides assurent un vrai rôle social. « Ils permettent au sportif handicapé, qu’il vise les records et les titres ou le simple dépassement de soi en loisir, de s’accomplir pendant l’activité, avant et après », note Dominique Pettelot. « Les encadrants se réalisent socialement en accomplissant cette fonction. »
Une école de la vie
Sans les accompagnateurs, de nombreuses personnes handicapées n’auraient pas accès au sport. Elles ne pourraient pas se rendre sur les terrains de jeu et/ou attraper le matériel. « Depuis sa sortie du centre, Samir ne peut s’entraîner qu’une fois par semaine », regrette Thomas Walgraef. Les guides et les accompagnateurs, eux, vivent « des expériences humaines et sportives exceptionnelles », selon Antoine Bollet, le guide de Thomas Clarion, skieur nordique international. Il y a la joie et la reconnaissance procurées par les championnats du monde, les Jeux Paralympiques. La fierté de faire retentir La Marseillaise partout dans le monde et désormais celle de monter sur les podiums. Il y aussi le plaisir de « vivre un sport individuel par définition de manière collective. C’est très riche. J’ai beaucoup appris sur moi-même », insiste Simon Valverde. Guider, accompagner, “montrer la voie”, comme le dit Dominique Pettelot, est une vraie école de la vie.
// J. Soyer
Avis d'expert - Gautier Simounet

Guider demande des qualités humaines naturelles. Il y a même une part d’innée, mais pas seulement. Gautier Simounet, guide d’athlétisme et Julien Héricourt, directeur sportif de la discipline pour la FFH, ont rédigé un petit memento. « Je m’imagine assez bien un centre de formation des guides » lance Gautier Simounet. « Il pourrait s’établir au Creps de Talence, au Centre fédéral où s’est installé le pôle athlétisme. On ne va pas forcément y apprendre les techniques qui se travaillent sur la piste avec son binôme, mais nous pourrions indiquer aux novices des principes élémentaires et les armer afin qu’ils répondent à la pression qui pèse sur leurs épaules en compétition internationale. Si certains fonctionnements sont propres à un duo ou à une équipe, il existe des constantes à partager. Il faut par exemple être prompt pour répondre aux besoins mais bien respecter l’autonomie du déficient visuel. Les règles élémentaires pourraient aussi être rappelées et quelques pistes pourraient être données pour former les binômes les plus performants possibles. »
Pratique - S’entraîner à deux
Les valeurs humaines favorisent la réussite d’un duo, mais l’approche sportive compte aussi. Les duos passent beaucoup de temps à travailler la technique. « Il faut bien caler sa foulée sur celle du sportif », précise Gautier Simounet. « Par exemple, Assia El Hannouni avait une foulée de 2,10 m alors que j’avais une foulée de 2,30 m. J’avais donc un peu de marge, mais le guide doit donner de la vitesse à son sportif. Avec Timothée Adolphe, je suis souvent à fond. » En paracyclisme, le “stocker” (l’homme de derrière) doit être le plus relâché possible. Tous deux échangent sur le choix du matériel, les réglages techniques et les options tactiques, affinés aux entraînements. Les deux coureurs doivent tenir compte de leur forme respective, rarement identique. Dans la course, le pilote doit parfois choisir seul et rapidement. En cécifoot, le gardien de but doit être bon. Il donne des indications mais doit aussi savoir à quel moment se taire pour être concentré sur son rôle de goal. « Cela demande beaucoup de concentration parce qu’il n’y a pas de repères visuels et corporels pour anticiper la frappe et la trajectoire d’un déficient visuel », explique Charly Simo.
Les accompagnateurs favorisent aussi la performance. « Je préfère avoir une même tierce personne parce qu’elle sait comment sangler mes jambes au fauteuil par exemple », cite Franck Croullière. « Je peux ainsi me concentrer pleinement sur le jeu. » Autant de détails enregistrés à force de répétition et d’entraînements communs.

En boccia, si au départ, les assistants facilitent la pratique en allant chercher les balles et en déplaçant les rampes, ils peuvent avec l’expérience, réfléchir à la stratégie à adopter en compétition ainsi qu’aux séances d’entraînement
