Handisport Le Mag'

Édito

Arrêt sur images

Par Gérard Masson, Président de la Fédération Française Handisport

S’il n’est pas salutaire de s’attarder sur le passé et de se complaire de nostalgie, il est essentiel d’en apprécier les bonheurs et d’en décrypter les revers pour mieux se développer, prospérer et intensifier notre action future, avec justesse.

À l’heure de regarder vers demain et de vivre pleinement 2015, arrêtons-nous un instant sur l’année que nous venons de partager, pour en savourer les réussites sportives, les événements marquants, les rencontres déterminantes, les partenariats reconduits, renforcés ou naissants. Et surtout, apprécions tous ces projets qui n’en sont plus, mués aujourd’hui en actions fortes, réelles, concrètes, empreintes de nos valeurs : la vigilance face à la singularité des attentes de celles et ceux qui nous font confiance, à leur recherche d’une autonomie grandissante et vers un accomplissement personnel plus intense, grâce au sport.

De nombreuses images de 2014 me reviennent pour illustrer les ambitions qui sont les nôtres : la proximité partagée lors des Journées Nationales, avec des associations toujours plus présentes ; l’expertise de nos techniciens lors des Jeux de Sotchi, lors des regroupements « Jeunes à Potentiel » ou encore à l’occasion des formations dispensées à plusieurs fédérations amies ; le succès, avec nos brillantes équipes « Bleu Handisport » d’hiver ou d’été, ou ces sourires de gamins victorieux lors du Grand Prix des Jeunes ; et puis l’ouverture avec des synergies toujours plus enracinées et durables avec de grands réseaux liés au sport, à la santé ou au handicap.

L’une des dernières images de 2014, particulièrement marquante, résume probablement beaucoup de choses. Celle de Damien Seguin épuisé et heureux. Damien aura fait « des pieds et des mains » pour s’offrir et nous offrir une aventure incroyable sur la Route du Rhum. Une épopée vouée à vivre pleinement sa passion, à pouvoir avancer seul contre vents et marées au milieu de l’océan, et qui s’achève en Guadeloupe entouré par ses proches, soutenu par son staff technique et ses partenaires, et accueilli par l’admiration de jeunes sportifs handicapés du bout du monde, résolus à leur tour à prendre la route, leur route.

Merci 2014, sourions à 2015 !

Point de vue

Par Jean Minier, Directeur Technique National

Depuis plus de 50 ans, les bâtisseurs de cette fédération travaillent à changer les représentations sociales sur le sportif handicapé et, à travers lui, sur l’ensemble des personnes en situation de handicap dans notre pays. Si l’on en juge par la couverture médiatique des derniers Jeux Paralympiques d’hiver, ce combat est en passe d’être gagné.

C’est alors que pointe à l’horizon, comme un effet de balancier, un autre danger dont il convient de ne pas sous-estimer les risques potentiels pour le handisport : la banalisation du handicap. Au nom de l’égalité, on gomme les différences.

Or, nous savons bien, pour en faire chaque jour l’expérience, que chaque cas personnel comporte, tant dans sa face objective (aspect physiologique, usage de matériel…) que dans son aspect subjectif (la manière dont il est vécu par la personne), une large part d’irréductible spécificité qui rend tout discours généralisant hautement problématique.

Les caractéristiques de chaque pratiquant, dans le cadre de sa pratique ou du matériel utilisé ont, potentiellement, un impact majeur sur l’activité et, par voie de conséquence, sur les modes d’organisation et les méthodes d’apprentissage.

La question qui fonde la légitimité de la démarche de chacun de nos éducateurs sportifs est toujours la même, depuis 50 ans : comment parvenir au même résultat, par un chemin nécessairement détourné, dans une logique de performance ou de progression et non de simple compensation ?

Nous savons également que la pratique sportive au sein de notre mouvement est une occasion pour chacun de se découvrir, de se projeter, d’échanger entre pairs et nos clubs sont, à ce titre, de formidables lieux de construction personnelle.

Plus que jamais, s’engager au service de cette Fédération est un acte militant. Vous êtes, nous sommes tous dans ce mouvement pour défendre une certaine idée de l’homme et pour permettre à chacun de nos licenciés de construire ou reconstruire un « usage » de soi, propre, et pour lui ouvrir grand le champ des possibles.